L’invité spécial : Akram Kharief, fondateur de MENADEFENSE

Akram Kharief, fondateur de MENADEFENSE

Le site algérien MENADEFENSE est assez populaire et nous fournie des informations importantes concernant le Maghreb et d’autres régions. Nous avons décidé de rencontrer la personne derrière ce projet remarquable, le journaliste spécialisé en défense et fondateur de MENADEFENSE, Akram Kharief.

Récemment l’Algérie a montré sa corvette de fabrication algérienne « Raïs Hassen Barbiar 807 », conçu chez l’ECRN d’Oran. Est-ce que cela pourrait être considérée comme le jeu de l’Algérie à long terme visant à faire de l’Algérie un pays-exportateur de navires ou plutôt un message pour la population locale tenant compte d’une crise économique que votre pays traverse actuellement ?

Cette réalisation est l’aboutissement d’un projet d’autosuffisance en navires de patrouilles qui avait été entamé dans les années 80 avec l’aide britannique et qui prévoyait une montée en tonnage progressive jusqu’au stade de l’OPV ou de la corvette légère. Ce choix a donné naissance a une trentaine de navires de différentes classe et tous armés, avec une maîtrise de bout en bout de la conception à la réalisation des navires, en incluant l’intégration et la constitution d’un pipeline d’approvisionnement. Je ne pense pas que cet effort de construction soit lié à la crise ou à la volonté d’exporter. Par contre, depuis la fin de la première décennie 2000, on constate que l’Armée Algérienne a la volonté de faire de l’Offset Program avec de nombreux fournisseurs, dont ceux de la marine. En théorie tous les programmes d’achats récent (Navire porte-hélicoptères, frégates MEKO et corvettes lourdes C28A) devraient être poursuivis localement avec du montage et du transfert technologique.

Vous étiez présent le mois de juillet en Russie pour l’exposition MAKS 2017. Que pensez-vous du potentiel de la coopération russo-algérienne ?

La coopération algéro-russe est très forte et la Russie prend au sérieux son partenaire algérien, il est facile de le constater avec une priorité dans les livraisons et surtout beaucoup de ponctualité dans l’exécution des contrats. Mais globalement la Russie est consciente que l’Algérie ne peux que baisser son volume d’achats après avoir complété ses programmes de rééquipement. Y’a-t-il encore de la place pour l’augmentation de la coopération militaire ou faut-il plutôt diversifier les partenaires en engageant d’autres pays exportateurs d’armes ? Je pense que la coopération restera très forte avec la Russie même si elle ne peut que perdre des parts de marchés face à des pays qui ont compris le besoin de transfert de production et de technologie, chose que la Russie a toujours été réluctante à faire.

Ce dernier temps l’Algérie a connu des incendies graves. Pourriez-vous partager votre opinion sur le niveau de préparation de services de la protection civile et des pompiers et leur réponse aux incendies. D’après vous, quels sont les points faibles nécessitant l’amélioration ?

Le niveau général des hommes de la Protection Civile algérienne est aussi bon que ceux des pays les plus avancés au monde, les équipements au sol sont modernes et efficaces mais ce corps comme pas mal d’institutions publiques en Algérie ont un problème de népotisme, d’inexistence de vision et surtout du fait que personne ne rende de comptes aux élus ou au peuple. Cette situation a fait qu’une sorte de gérontocratie se soit accaparée les rouages de l’Etat et bloque toute initiative ou vision sur le long terme. La preuve est l’incapacité de la Protection Civile d’intervenir par voie aérienne sur les incendies juste à cause de la décision de son patron de ne pas investir dans les moyens aériens, ce qui est une aberration.

Vous êtes le Directeur de publication de MENA Defense. Quels difficultés vous rencontrez dans le cadre de votre travail ?

Il y a deux types de difficultés auxquels nous faisons face : ceux classique que subit la presse algérienne qui est la faiblesse des textes de lois, les contraintes économiques énormes, l’impossibilité de recourir au paiement électronique et un écosystème publicitaire complètement atrophié et manipulable. S’ajoute le caractère sensible des informations traitées qui provoque une incompréhension des autorités, la difficulté d’accéder aux sources. mais nous constatons qu’avec le temps les autorités ont compris la nature « normale » de notre activité et commencent à établir des canaux de communications. Le principal souci reste économique et législatif.